Journal d'écriture
Pendant l'écriture de notre quatrième roman, Ludovic tient un journal dans lequel il consigne nos avancées, nos doutes, nos enthousiasmes...
Nous en partageons ici régulièrement des extraits pour que vous puissiez assister, de l'intérieur et presque en temps réel, à la naissance de cette nouvelle histoire.

Lundi 12 janvier 2026
J’espère avoir une structure solide à la fin du mois. Nous avons déjà énormément d’éléments. Il nous faut « seulement » les mettre dans l’ordre et en trouver d’autres…
Nous nous demandons si nous n’allons pas commencer à écrire avant qu’il soit terminé. C’est une possibilité.
Mardi 13 janvier 2026
Ce soir, nous avons reparlé de commencer à écrire. Pour les premières pages, aucun problème. Pour la suite, il nous faudra quand même avoir un plan solide.
Dans les prochains jours, nous avons encore un peu de lecture qui nous attend.
Catherine [Bardon] a jeté un œil à notre plan, de loin. Elle est très intriguée par notre méthode. Je pressens qu’elle va l’adopter.
Mercredi 14 janvier 2026
Nous avons décidé de ne pas présenter le roman comme « inspiré d’une histoire vraie », hormis lors de sa promotion bien sûr. Ni mention ni avant-propos. Nous serons plus libres d’inventer, pour le bien de l’histoire. […] Nous nous disions hier que nous allions peut-être mettre le doigt sur certaines vérités en inventant, comme ça a été le cas avec America[s] ! D’ailleurs, est-ce qu’on invente vraiment ? Il me semble qu’on capte des choses…
Jeudi 15 janvier 2026
Cet après-midi, nous avons entendu une petite fille dire à sa grand-mère : « Moi, je sais faire celle qui se prend une balle ! » Puis elle a fait semblant de mourir ! J’ai noté aussitôt. C’est parfait.
J’ai raconté l’histoire du roman à Nelly aujourd’hui. Elle m’a écrit : « Le dilemme est immense, et c’est un magnifique thème d’écriture à aborder ! »
Vendredi 16 janvier 2026
Ça prend forme, même si le plan est loin d’être terminé. Nous avons déjà beaucoup d’idées à mettre en ordre et d’autres idées ne manqueront pas d’arriver. Je pense que ce roman fera dans les 320 pages et non 250 à 300 comme nous le pensions, naïfs que nous étions !
Samedi 17 janvier 2026
Journée très productive. Nous trouvons aussi beaucoup d’idées pour le roman suivant. C’est l’avantage d’avoir une ou deux idées d’avance.
Dimanche 18 janvier 2026
Nous avons repéré tous les endroits clé de notre intrigue. Nous connaissons beaucoup mieux ████████████ ce soir. (Il faudra quand même que nous y allions dans l’année.)
Jeudi 22 janvier 2026
Nous avons un premier jet de la quatrième de couverture. Ça nous aide toujours beaucoup pour avoir une ligne directrice et comprendre quel est vraiment le coeur du récit.
Lundi 26 janvier 2026
Note : Ne pas oublier que les gens fumaient énormément à l’époque…
Mardi 27 janvier 2026
Nous n’avons toujours pas de prénom pour ████████████. Difficile de trouver un prénom crédible (pour l’époque) qui nous plaise.
Dimanche 1er février 2026
Jean [notre éditeur] a pris des nouvelles ce matin : « N’hésitez pas à me tenir informé de vos projets. Vous savez dans quelle estime je tiens vos talents de créateurs et de conteurs. »
Lundi 16 février 2026
Beaucoup de doutes ces derniers jours, mais qui sont sans doute préférables à trop de certitudes.
Vendredi 20 février 2026
Nous hésitons encore entre le roman sur ████████████ et le roman sur ████████████. Comme le dit Sébastien, ce sont deux excellentes idées et il y a pire comme dilemme.
Le premier est bien plus avancé, mais le deuxième sera plus court et s’étendra sur une période bien plus ramassée.
Lundi 23 février 2026
Le prochain roman sera bien celui qui se passe durant ████████████.
Vendredi 27 février 2026
Nous parlions d’un personnage pour un autre roman. Christian :
« Physiquement, j’imagine Lea Massari. Tu connais ? L’actrice italienne.
— Je connais de nom, mais je ne vois pas à quoi elle ressemble… Je vais regarder, mais moi je voyais bien l’actrice qui jouait la mère dans Le Souffle au cœur [de Louis Malle].
— Je ne vois pas qui c’est. »
Évidemment, il s’agissait de la même comédienne…
Samedi 28 février 2026
Ce matin, I. nous a demandé s’il y aurait un personnage comme elle dans le roman, c’est-à-dire un personnage un peu exubérant. Réponse : oui ! Ce sera une collègue de ████████████.
Mardi 3 mars 2026
Il se pourrait que nous ayons trouvé le titre cet après-midi : « ████████████ »
Lundi 16 mars 2026
Baudelaire a écrit dans ses « Conseils aux jeunes littérateurs » : « Pour écrire vite, il faut avoir beaucoup pensé. » Nous avons beaucoup pensé à ce roman ces derniers mois. L’écrirons-nous vite ?
Il manque encore un fil encore certains passages liés à ████████████. Nous serons en Bretagne mercredi et peaufinerons une dernière fois le plan avant d’entamer l’écriture. Enfin !
Samedi 21 mars 2026
Nous avons tenté d’entamer l’écriture aujourd’hui. Sans succès. Quelques lignes posées, que nous effacerons sans doute demain.
Dimanche 22 mars 2026
Seuls les deux premiers mots ont survécu. Six pages s’y sont ajoutées. Ouf ! Elles ne sont pas définitives, mais c’est un bon début.
Mardi 24 mars 2026
Pourquoi cette histoire nous touche-t-elle à ce point ? Dimanche, à la simple évocation de la fin, Christian s’est mis à pleurer. D’habitude, il attend de lire le roman pour verser sa petite larme… Voilà qui promet !
Mercredi 25 mars 2026
Ces dernières semaines, je me suis beaucoup demandé si cette histoire plairait à nos lecteurs. Depuis deux ou trois jours, je ne me la pose plus. Qui nous aime nous suive !
Dimanche 29 mars 2026
Comme chaque jour, nous avons retravaillé les premières pages avant d’avancer un peu. Nous tenons neuf pages, je crois. Bien meilleures qu’hier et bien moins bonnes que demain. Il suffit de supprimer ce qui n’est pas au niveau et nous avons un radar pour cela.
Nous avons trouvé le ton et les personnages. Christian m’a fait remarquer cet après-midi qu’ils commençaient à se montrer assez drôles.
Ce roman s’écrira comme on peint une toile, par couches successives. Une couche pour retravailler le style, une couche pour rendre tel personnage plus attachant, une autre pour ajouter de l’humour ou que sais-je ?
Naturellement, le lecteur ne pourra pas soupçonner qu’il ne s’est pas écrit d’un trait.
Mardi 31 mars 2026
Sébastien a relu les onze premières pages (deux fois) et s’est montré très enthousiaste. Il n’arrivait pas à croire que les ajouts d’hier et de ce matin ne figuraient pas dans le plan. Ils comptent parmi les éléments qui l’ont le plus marqué. Il nous a fait remarquer aussi que nous avons réussi à dire énormément de choses en onze pages.
Mercredi 1er avril 2026
Longue balade sur le sentier côtier aujourd’hui, durant laquelle nous avons débloqué quelques éléments du prochain chapitre.
J’ai toujours été fasciné par l’idée qu’un chapitre ne sera pas tout à fait le même selon qu’on l’écrit un jour ou un autre. Voire selon qu’on commence à l’écrire à telle heure ou à l’heure suivante.
Commencez à écrire un roman tel jour ou le lendemain et vous vous retrouverez peut-être avec un ouvrage tout à fait différent…
Samedi 4 avril 2026
Aujourd’hui, nous avons fait beaucoup de recherches et nous avons (enfin) fait le casting (d’habitude, nous avons le physique de nos personnages avant de commencer à écrire).
Dimanche 5 avril 2026
Deux pages et demi de plus aujourd’hui, soit quinze pages en tout. Après bien des recherches et des détours, le décor est planté.
Sébastien, qui a relu le début de ce journal, m’écrit : « Tu parles de 320 pages. » Je ne m’en souvenais pas ! Cela fait un moment que nous pensons avec Christian que ce roman doit en faire 250.
Lundi 6 avril 2026
Nous avons beaucoup réécrit aujourd’hui. […] Christian a suggéré que nous avions peut-être trop peur d’ennuyer le lecteur, au risque que le rythme soit un peu trop rapide.
Mercredi 8 avril 2026
Énième réécriture des premières pages. Les personnages et le décor ont gagné en consistance.
Christian avait du mal à appréhender S. Je lui ai conseillé de penser à Katherine Hepburn et il a trouvé le personnage.
Jeudi 9 avril 2026
Cette fois, je sais ce que c’est qu’être bipolaire. Avec ce roman, je passe dans la même journée de l’euphorie à la détresse la plus totale. Je sais que nous en viendrons à bout, mais quand ?
Dimanche 12 avril 2026
Grande conversation hier avec Maud Ventura, qui écrit d’abord un premier jet brouillon (qu’elle appelle son « magma ») pour ensuite le réécrire encore et encore. Ainsi, elle ne craint pas de supprimer des pans entiers du livre, puisqu’elle ne les a pas encore peaufinés. Une approche qui n’a rien à voir avec la nôtre. Elle écrit aussi les chapitres dans l’ordre qui lui fait envie. Quand j’ai proposé à Christian d’essayer, elle a plaisanté : « Vous pourrez expliquer que vous écriviez très bien et que ça a commencé à déconner après que vous ayez discuté avec Maud Ventura ! »
Mercredi 15 avril 2026
Hier, nous avons vu Jean*, à qui nous avons raconté l’histoire de notre prochain roman. C’était une première pour nous qui, d’habitude, ne lui révélons rien avant d’avoir terminé. Cette fois, nous nous sommes dit que son regard, pendant l’écriture, pourrait nous être utile. Il semblait très emballé.
* notre éditeur
Dimanche 26 avril 2026
Parce que nous connaissons beaucoup moins bien ████████████ que les États-Unis, la tentation (et le piège) serait de trop décrire ████████████, alors que quelques mots et détails suffisent.
Mercredi 29 avril 2026
Finalement, le roman commencera directement à ████████████.
Enfin, je crois. Ça change tout le temps. Mais on avance, je suppose.
Jeudi 30 avril 2026
Nous avons tout repris à zéro aujourd’hui. À ce jour, nous en sommes donc à… deux pages. Mais nous pourrons utiliser pas mal d’extraits des quinze pages déjà écrites.
Et nous tenons à la narration à la première personne du singulier, pour être au plus près du personnage. Nous serons à ████████████ à ses côtés.
Vendredi 1er mai 2026
Trois pages de plus aujourd’hui, soit cinq pages en tout. Cette fois, nous avons trouvé le ton et le style du roman. Plus nous écrirons et plus ce sera « facile », si on peut dire.
Lundi 4 mai 2026
Sébastien m’a fait remarquer ce soir que les lecteurs s’attendent à ce que notre prochain roman se déroule dans un pays anglophone. Je songeais à la question des attentes du public, à qui nous demandons de comprendre et d’aimer dans la seconde un projet qui a mûri et s’est imposé à nous au fil des mois.
Mardi 5 mai 2026
Quand il travaillait dans une agence de mannequins, Christian avait répliqué à une fille qui se plaignait d’être fatiguée alors qu’elle gagnait des fortunes pour faire quelques allers-retours sur un podium : « Ça tombe bien, j’ai annulé tous tes défilés de demain, tu commences à 8h à la chaîne chez Renault. » Nous avons adapté cette réplique dans l’une des deux pages écrites aujourd’hui.
Mercredi 6 mai 2026
Pour la quatrième de couverture, j’ai pensé que nous pourrions utiliser un extrait plutôt qu’un résumé.
Jeudi 14 mai 2026
Christian a relu les vingt-quatre premières pages et ne sait pas quoi en penser. « C’est bien écrit. C’est drôle. » Il veut le relire. Il a aimé, mais s’interroge sur la forme […]. Pour autant, il ne veut pas d’un narrateur omniscient.
J’ai relu à mon tour. J’ai noté, comme Christian, quelques petites choses à corriger (un peu plus que lui, d’ailleurs), mais je dois dire que je suis assez content de ce que nous avons écrit jusque-là.
Vendredi 15 mai 2026
Nous avons apporté des corrections aux vingt-quatre premières pages, puis Sébastien les a relues. Il a beaucoup aimé. Je l’ai appelé et il n’a pas tari d’éloges. […]
Il aime beaucoup H. Il est sûr que les lectrices l’aimeront.
Mardi 19 mai 2026
La conductrice du bus que nous avons pris aujourd’hui nous a dit qu’elle aimait les histoires ████████████. Serait-ce un signe ?
Samedi 23 mai 2026
Ce fut laborieux aujourd’hui, mais nous sommes arrivés à nos fins. Très heureux de ces deux nouvelles pages, surtout de cette idée de laisser entendre que ████████████.
Mardi 26 mai 2026
Hier, nous avons travaillé des heures et des heures sur quelques paragraphes dans lesquels nous décrivons la ville et son atmosphère… J’ai toujours peur d’ennuyer les lecteurs, mais cela ajoute à l’ambiance du roman et comme le dit Christian, sinon, l’histoire pourrait aussi bien être située à Melun.
Aujourd’hui, nous avons écrit trois pages. […]. Nous nous sommes aperçus que les ████████████ ont eu lieu un samedi. Et S. allait travailler le lendemain… Je ne m’explique pas que nous n’ayons pas regardé quel jour c’était. Enfin, c’est corrigé.
(42 pages à ce jour.)
Lundi 1er juin 2026
Nous avons reçu une réponse du Consulat général de ████████████.
Mercredi 3 juin 2026
Nous ne voyons plus nos amis que pour dîner. En journée, nous travaillons. Nous ne répondons même plus au téléphone. Résultat : 60 pages.
Sébastien a relu les 50 premières et était « au cinéma », nous a-t-il dit.
Dimanche 7 juin 2026
68 pages à ce jour. Nous prenons beaucoup de plaisir à écrire ce roman. Nous nous concentrons sur l’aspect ████████████ depuis quelques jours. C’est notre plus grand défi cette fois.
Notre plan est un peu moins précis que d’habitude. Nous déplaçons certains événements au fur et à mesure et ne savons pas toujours ce que nous écrirons le lendemain. De cette façon, nous sommes toujours en alerte et ne savons pas plus que notre personnage ce qui lui arrivera à court terme. Pour ce qui est du moyen terme, rien ne change, nous avons besoin d’avoir toute la trame et en particulier la fin pour que chaque élément aille dans le sens de ce que nous voulons raconter. Je n’imagine pas écrire autrement.
[…]
Autre chose : je me suis aperçu aujourd’hui que S. n’avait jamais reçu de nouvelles de ████████ ! Comment n’y avons-nous pas pensé ni l’un ni l’autre ? « C’est ce qui arrive quand on travaille sans plan » a observé Christian, flegmatique.
[…]
J’aimerais avoir 100 pages à la fin du mois, mais c’est sans doute un peu trop ambitieux compte tenu de nos obligations.
Jeudi 18 juin 2026
Beaucoup d’idées aujourd’hui dans le train. C’est plus facile d’y voir clair lorsque l’on a un peu de recul.
Dimanche 21 juin 2026
J’ai peur que quelqu’un sorte avant nous un roman semblable au nôtre. Ce qui est probablement bon signe, puisque j’avais déjà cette peur pour les trois premiers.
Mardi 30 juin 2026
Depuis deux semaines, nous avions noté quelques petites modifications à apporter ici et là. Nous l’avons fait aujourd’hui, ce qui a entraîné plus ou moins de réécriture (entre une ligne et deux pages selon les cas).
[…]
À ce stade, nous avons 75 pages, et non 100 comme je l’espérais, mais nous en sommes très satisfaits et c’est bien le principal. Nous sommes prêts à avancer sur la suite.
Samedi 4 juillet 2026
Nous bénéficions du plus grand luxe qui soit pour tout auteur : nous avons le temps de nous tromper. Et de recommencer.
Mercredi 15 juillet 2026
Les petits papiers qui composent notre plan se sont envolés il y a quelques jours. (Christian avait laissé la fenêtre et la porte ouvertes pour faire « un petit courant d’air ».) Je prends régulièrement des photos au cas où, mais je n’en ai pas eu besoin. Je l’ai recomposé de mémoire.
Jeudi 16 juillet 2026
Nous avons tant attendu juillet, sûrs de pouvoir reprendre l’écriture une fois libérés de toute obligation. Or nous ne pouvons toujours pas écrire, pour diverses raisons extérieures à notre volonté, dont la chaleur. Et c’est extrêmement frustrant.
Lundi 20 juillet 2026
Nous avons retravaillé la suite du plan, en y injectant nos dernières idées. Il n’y a que des scènes que j’ai très envie d’écrire.
Samedi 25 juillet 2026
Hier et aujourd’hui, nous avons réécrit quelques passages […], puis nous avons écrit de nouvelles pages. Nous en tenons 87 à ce jour. Et nous avons trouvé la transition pour ce qui suit.
Mercredi 29 juillet 2026
Le cap des 100 pages est franchi ! Désormais, et depuis longtemps, les personnages sont posés ainsi que le décor, l’atmosphère et le style. Le roman est sur des rails. Encore faut-il ne pas s’endormir sur nos lauriers.
Mais j’aime tant ces 100 pages… Les 100 prochaines peuvent-elles être aussi bonnes ? Ou meilleures ?
Jeudi 30 juillet 2026
Beaucoup de lecteurs semblent attendre ce quatrième roman, au vu des messages qu’a suscités l’annonce des 100 pages hier. Certains précisent qu’ils ne veulent pas nous mettre de pression. Je m’aperçois que je n’en ressens aucune, pour l’instant en tout cas, si ce n’est celle que je me mets tout seul. Je ne voudrais pas me décevoir. Surtout pas avec un sujet pareil, au potentiel si grand. Je ne voudrais pas avoir à me dire que d’autres auraient fait mieux !
